Remise en état des petites tuiles platestuile6

1 Le talon "d'Achille"
2 Comment refaire un talon
3 Méthodes pour créer le talon
3.1 Nettoyage de la tuile
3.2 Moulage d'un talon
3.3 Talon ciment (sans moulage)
4 Conclusions

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Avant propos

Cet article résulte d'une opération effectuée il y a quelques années sur une "cabane" et qui a donné satisfaction.
Il m'a semble utile dans le cadre de la crise de pouvoir donner cette "recette", qui si elle n'est pas révolutionnaire, est facile à réaliser et évitera des dépenses inutiles, unetuile7 détérioration des ressources initiales et le délabrement des chemins de campagne avec ces débris pourtant inertes, mais qui incitent toujours à benner bien d'autres choses plus polluantes…
Je ne change donc pas de stratégie tout se tient !
D'où vient la matière première des tuiles ? Elle provient de carrières d'argile ayant des caractéristiques particulières. C'est donc une ressource naturelle non renouvelable qui provient de la décomposition des roches. On en trouve dans de nombreuses zones du territoire français avec des compositions variées et donc des qualités plus ou moins marquées.

1 Le talon "d'Achille"

Les petites tuiles plates anciennes sont jolies, sur ces vieux toits…
Elles ont toutes été faites à la main avec des terres en nuances différentes et chaudes allant du jaune pâle au rouge orangé le plus vif.
Cela ne suffit pas pourtant pour les préserver, car elles souffrent au moins de quatre problèmes différents dont un qui n'est pas vraiment de leur faute, mais qui les condamne à faire de l'empierrement pour les chemins de campagne défoncés par les lourds tracteurs…

Une tuile plate est comme son nom l'indique plate, sans aucune rainure et c'est le recouvrement imtuile5portant qui assure l'étanchéité. A remarquer qu'il faut une certaine pente, car sans cela, un vent d'orage assez fort pourrait réaliser des fuites importantes en "remontant l'eau". La forme en bout (ronde ou en pointe) n'a pas de réelle importance et est plus décorative à mon humble avis.
Cette tuile a,  pour tenir à la latte support, une sorte de petit crochet, appelé souvent talon. Ce talon, était réalisé sur les modèles anciens avec un outil particulier, qui repoussait la terre avant cuisson. Ce talon n'était pas très proéminent, ce qui est un problème important.
Une deuxième technique était le collage d'un "petit pâté" de terre sur la tuile avant cuisson. Là c'est un autre problème qui est du aux contraintes et ce petit morceau finit avec le temps, le gel et les efforts à se décoller et à tomber !tuile1
Ce talon n'avait de plus pas toujours le bon profil pour "accrocher" la latte, mais parfois un profil fuyant avec un angle toujours propice au glissement sur la latte d'accrochage.

C'est donc bien le talon qui cause une partie des soucis de ces vieux toits, pour plusieurs raisons. On vient d'évaluer les deux premiers problèmes dus à la fabrication, mais il y a un troisième dû cette fois à la fragilité de ce talon.
En effet de sa fabrication même, il manque un peu de matière ou n'est pas assez homogène avec la tuile et il reste très fragile. Il suffit de marcher légèrement en porte à faux sur un toit pour le casser. Beaucoup de talons sont cassés et n'assurent plus la retenue de la tuile sur la latte. La tuile glisse alors pafois jusqu'en bas du toit, dans le chéneau. Normalement une tuile peut être cassée ou descendre sans qu'il y ait fuite, à cause du recouvrement important, mais avec un peu de vent cela ne fonctionne plus parfaitement…

Enfin il faut citer ce quatrième problème qui est la glissade des lattes, car sur ces toits, les clous datant de centaines d'années sont rongés totalement et cèdent les uns après les autres.
Ce n'est plus la faute des tuiles, et si cela arrive aussi avec les autres tuiles dites "mécaniques", qui sont beaucoup plus récentes, le phénomène ne se produit pas, pourquoi ?

En effet l'emboîtement de ces tuiles les rend toutes solidaires les unes des autres, et en ce sens si une latte descend, les tuiles des rangées supérieures et inférieures assurent la tenue de l'ensemble.
Ainsi le problème des lattes n'apparaît plus sur ces tuiles et au final le toit peut tenir par son seul poids et les forces de frottement.
Je n'ai pas encore vu de toit complet "descendre" ! (Attention, il y a maintenant des tuiles dont la partie basse peut coulisser et donc le problème des lattes pourrait se manifester de nouveau)

Un toit constitué de tuiles plates reste donc plus vulnérable à cause de la tenue des lattes, et des talons de tuiles cassés.
Autre point important, il n'est pas très facile de remplacer une tuile défectueuse par le dessous du toit, à cause du lattage rapproché qui empêche de retirer et de remplacer cette tuile. A cette fin une feuille de zinc, d'aluminium ou de laiton, de la taille d'une tuile, glissée permet de palier provisoirement à un petit problème de ce type.
Je ne sais pas si ça s'achète en France, mais j'ai vu nos amis Suisses en mettre sur leurs propriétés Françaises.
Si vous n'en trouvez pas, vous pouvez très facilement en faire avec simplement un pliage à l'étau pour le talon. Le plus délicat est certainement la découpe d'une feuille complète en "petites tuiles"...

J'ai oublié de vous dire…les antiquaires, les architectes et les décorateurs sont friands de ces éléments qui ont su maintenir durant quelques siècles leur fonction…

2 Comment refaire un talon

J'ai essayé avec l'Araldite, mais cela reste une solution onéreuse, et ce n'est pas facile de coller un morceau de tuile en guise de talon. Cette solution est assez mal adaptée et la poussière de tuile ne va pas bien avec l'Araldite.

Autre solution, toujours avec un petit morceau de tuile, le maintenir cette fois avec du mastic soit silicones soit acrylique. Ces deux mastics sont trop souples et finissent par se détacher sous la résultante des forces imposées par la pente du toit.

Alors il ne reste plus que le ciment sous forme de mortier. Le mortier adhère toujours quand on n'en a pas besoin, mais là ce défaut sera le bienvenu !
Pourquoi ce matériau est si important, simplement parce qu'il résiste parfaitement à l'eau, qu'il colle facilement sur la terre cuite, et que ce matériau est bon marché et bien adapté à ce problème.

(Le ciment-colle pour carrelages ne résite pas bien à l'humidité et reste friable).

3 Méthodes pour créer le talon

3.1 Nettoyage de la tuile

Ce point est toujours important, car il conditionnera toujours l'aspect durée de la réparation.
Ces vieilles tuiles sont toujours recouvertes de saletés et de mousses qu'il faut enlever.
Le nettoyeur haute pression est recommandé, car très efficace. Il faudra cependant laisser sécher avant toutes choses.

En complément ou en variante, la brosse métallique est aussi une solution et je conseillerais de finir avec cette méthode, même avec un passage au nettoyeur HP.
Mes travaux ont été seulement réalisés à la brosse métallique et donnent de bons résultats (pour l'instant).
A ces issues toujours bien souffler toutes les poussières et cette partie de nettoyage est terminée.

3.2 Moulage d'un talontuile3

J'ai commencé la réparation des talons avec cette première solution.
Elle est un peu plus délicate que la suivante et ne devrait plus être utilisée. Voici les éléments du procédé :
Pour éviter justement un des défauts des talons d'origine qui est un profil en pente, le moule permet d'avoir un bord bien perpendiculaire à la surface de la tuile.
Le moule est réalisé en clinquant de laiton assez fin dans lequel on aura prévu une ouverture par agrafe. Le moule sera huilé pour que le ciment ne colle pas.
(Mais attention aux traces d'huiles qui empêcheront un bon collage)

Pour réaliser le mortier, il est important de tamiser finement le sable, et de faire un mélange très "riche".

Suivant la chaleur ambiante, humecter légèrement l'endroit de ltuile2a tuile où le dé sera déposé.

Placer le moule et mettre un peu de mortier, et bien le refouler avec un bout de bois, pour qu'il adhère bien, puis finir de remplir le moule tout en veillant à l'homogénéité. Le mortier sera de consistance "molle" au début du remplissage puis plus dur vers la fin (à sélectionner simplement dans l'auge de maçon !)

Laisser sécher plusieurs jours et retirer le clinquant…C'est fini ! Mais la méthode est longue à cause du nettoyage des moules, et du temps de séchage nécessaire, car le démontage du clinquant est une opération délicate qui peut fragiliser ce petit morceau de ciment qui n'a pas encore atteint sa solidité complète.

J'ai donc essayé sans aucun moule avec succès. Voir ci-après…

3.3 Talon ciment (sans moulage)tuile4

Il n'y a alors plus de moule ! Le mortier doit cette fois "se tenir" pour garder sa forme et particulièrement la forme d'un talon. Ce fait va aussi dans le sens de la solidité d'un ciment qui ne doit pas être trop "mouillé".

On procède en deux temps, avec la partie de mortier en contact avec la tuile, qui devra être "assez molle" pour assurer un bon humectage et le dessus qui sera cette fois beaucoup plus "rigide". (Il tirera son humidité de la partie inférieure lors de la "façon" du talon).

On formera l'ensemble pour que la surface d'attaque de la latte soit bien perpendiculaire à la surface de la tuile. (Il ne faudra pas trop lisser et former l'ensemble pour ne pas faire ressortir l'eau). Le travail ne peut se faire qu'avec les doigts (équipés de gants fins !!!)

On laisse sécher au moins un jour, mais on peut rapidement placer la tuile (sans un appui trop fort sur la latte) car le talon n'a pas eu de tensions dues au démoulage et est donc moins fragile. Aucune trace d'huile n'est présente ce qui accentue encore la bonne tenue du nouveau talon.

Le mortier est pratiquement identique au précédent, (très riche)

4 Conclusions

Voilà une jolie façon de conserver ces vieilles tuiles en place et leur indubitable cachet d'authenticité. La dernière méthode est simple et à la portée de tous. C'est toujours un peu long pour refaire un toit complet, mais le travail c'est la santé tout le monde le sait !

Pour réaliser cela, il est préférable d'avoir un stock tampon et de travailler en réparation / remise en place de ce même stock. J'ai travaillé sur 20 à 40 tuiles par séance pour refaire un petit toit, et cela a permis de garder le cachet.

Le gros problème qui perdure est la nécessité de reprendre le lattage, et là il faut largement découvrir et c'est une opération où il ne faut pas être seul pour pouvoir parer à toute éventualité.
J'ai repris à l'époque quelques lattes, mais je n'avais pas voulu tout découvrir faute de temps. On peut voir sur les photos que des lattes ont de nouveau perdu leurs clous de fixation sur les chevrons et sont doucement descendues...Quelques tuiles ont suivi le mouvement et d'autres sont restées à leur place d'origine. Il n'y a cependant pas de fuites, mais il faudra tout de même corriger, car les fuites approchent... 

Le recul que j'ai de ces réparations est de 5 années, et à ce jour pas un seul talon rapporté n'a lâché, mais je ne peux pas en dire autant de quelques lattes non reclouées !

Pour une fois, vous avez le droit de tirer la "couverture" à vous… !

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